L’art de vivre provençal
Entre crissement de cigales, garrigues et mer bleutée, l’art de vivre à Marseille et en Provence est un art qui se cultive dans les règles.
Amis touristes, l’idée est de régler sa montre à l’heure marseillaise, d’accorder ses violons à cette douceur de vivre en profitant des piliers de ces coutumes ancestrales, symboles d’une simplicité rafraichissante.
La sieste
Sous la chaleur accablante des mois d’été, le rituel de la sieste crée un consensus entre marseillais de souche et touristes de passage. Persiennes fermées, dans le frais des maisons aux murs épais, après le déjeuner, s’allonger pour un somme d’une demi-heure est aussi précieux que bénéfique à la bonne humeur des marseillais.
Vantée par tous les latins, le « farniente », bercé par le chant des cigales, est aujourd’hui pris au sérieux pour ses qualités multiples : améliorer la mémoire, l’humeur, la créativité, le jugement, la faculté à communiquer.
Une fois les activités de l’après-midi effectuées, les marseillais se plaisent à se réunir en fin d’après-midi pour une partie de boule ou pour parler autour d’un pastis.
Les boules
Moment privilégié, entre apéritif et farniente, le jeu de boules se savoure comme un pastis bien frais, avec délectation. Amitié, chaleureux échanges sur fond d‘accent rocailleux et chantant, l’heure est de poser la précieuse question « tu tires ou tu pointes? ».
Déloger la boule collée au cochonnet et marquer le point à la place de son équipe adverse relève parfois de l’incident diplomatique : en effet « faire carreau » n’est pas donné à tous et peut vexer les meilleurs compagnons. A la longue (plus de dix mètres) ou à la pétanque (pieds joints, tanqués sur une distance courte), les jeux de boule font partie du folklore provençale. Immortalisées dans l’œuvre de Marcel Pagnol, l’enfant du pays, les interminables parties sont au cœur de vifs débats et controverses, mêlant la Bonne Mère, « le compas dans l’œil » de l’un et pour finir, l’incorruptible mètre pliant de l’autre, véritable juge des situations les plus inextricables. Aux boules, chaque centimètre compte et peut décider d’un vainqueur ou amener à « faire la belle ».
En fin d’après-midi ou à 11h, bien à l’ombre des platanes d’un champ de mars aux terrasses proches, l’heure est aux pronostics, aux ragots et à la « galéjade », signifiant se moquer ou plaisanter.
La sardine qui a bouché le port de Marseille
En vérité, la galéjade est une façon exagérée de raconter, une histoire à dormir debout, attribuée typiquement aux marseillais. Ainsi, la fameuse histoire de la sardine qui bouchait le port de Marseille, devenue expression depuis le XVIIème siècle.
En 1779, l’officier commandant le régiment d’infanterie de marine de Pondichéry, vicomte de Barras, avait été capturé par les anglais puis libéré et rapatrié à Marseille. Embarqué sur la « Sartine », avec un pavillon de sauvegarde le prévenant de toute attaque britannique, le vicomte de Barras arriva au large de la rade marseillaise après dix mois de navigation. Là, suite à une inversion du code maritime, un navire anglais tira deux salves de canon sur le bâtiment français. Mais la frégate française, navire imposant, coula dans le chenal de l’entrée du Vieux Port, bouchant son accès pour un temps.
Cette histoire fit grand bruit à l’époque et avec le sens de l’humour en vogue sur la Canebière, l’anecdote fut colportée et le ministre de la Marine moqué, jusqu’à en transformer la Sartine en sardine qui boucha le port marseillais. Devenue symbole du sens de l’exagération des marseillais, cette expression est bien vivante aujourd’hui et qui parle à un pécheur marseillais sait bien que les sardines ne dépassent pas les 25cm…
Le meilleur des expressions provençales
- Adiéu : utilisé pour saluer quelqu’un ou bien pour exprimer un regret : “A midi j’ai mangé des tomates, et adieu la cravate !”
- Les yeux bordés d’Anchois : être fatigué.
- Bastonnade : une raclée.
- Bè : Interjection pour l’étonnement. “Bè, qu’est ce que tu fais là ?”
- Bestiasse : bête ou quelqu’un de stupide.
- Bisquer : éprouver du dépit. “Me fais pas bisquer ou tu vas t’en prendre une !”.
- Blaguer : bavarder.
- Boufigue : une enflure sur le corps
- Brave : personne aimable ou quelqu’un de sot.
- Cabanon : petite construction en bois.
- Cacarinette : une coccinelleou une personne qui ne comprend pas vite ” Il a des cacarinettes dans la tête celui-là !”.
- Càcou : être un cacou c’est faire le beau.
- Cagade : bétise.
- Cagnard : soleil bien chaud S’encargnarder : bronzer
- Cagole : une cagole c’est une fille de petite vertu ou une idiote.
- Collègue : ami
- Daube : une daube c’est un plat provençal ou une personne en surpoids
- Se dépéguer : se sortir d’une situation délicate.
- Empéguer : avoir des problèmes difficiles à surmonter ou avoir une amende par la police ou encore être saoul.
- Escagasser : abîmer ou bien embêter ou fatiguer, éreinter
- Estouffe-Gàrri : “étouffe-belle-mère”.
- Estranger : un étranger façon plutôt péjorative…
- Estrasse : un chiffon, un vieux vêtement. Employé aussi pour se moquer d’une personne mal habillée ou sale.
- Fada : un fada ou une fadade c’est quelqu’un d’un peu fou. Un fadoli, c’est un fou un peu moins fou….Et fada peut vouloir dire aussi être passionné par quelque chose : “C’est un fada de foot !”.
- Faï Tira : soit “fais tirer”, “laisse tomber”.
- Fan : interjection de surprise ou exclamation “Oh fan que c’est bon !”
- Fatche : interjection pour dire “Oh là là !”. Souvent employé ainsi “Oh fatche de con !”
- Galine : une poule. Avoir la galine, c’est avoir la chair de poule.
- Mèfi ! : Attention ! ou, Méfies toi !
- Parler meilleur : parler plus respectueusement.
- Minot : un minot, c’est un enfant. Une minotte, c’est une fille.
- Nono : pour dire de faire dodo
- Avoir des oursins dans la poche : être radin !
- Pastaga : pastis (boisson anisée de l’apéro).
- Pastis : désordre. ” té, tu m’as mis un de ces pastis dans la maison !”. Pastisser veut dire aussi salir.
- Pègue : la poisse, la colle. ” vé, ça pègue ici !” ( “vé ça colle ici !”)
- Pescadou : pêcheur
- Peuchère : ou “pécaïre” qui exprime la compassion. ” il est fatigué, peuchère !”.
Pitchoun : diminutif affectueux pour dire un petit, un enfant.
- Plomber : Il plombe quand il fait très chaud
Plus mieux : On insiste sur quelque chose en utilisant deux adverbes au lieu d’un seul Sian poulit : “nous sommes jolis”, dans de beaux draps. ” Si tu perds ton travail, sian poulit !”…
- Préférer mieux : “Je préfère mieux dormir qu’aller à l’école”
- Qué : interjection qui exprime le doute. ” Qué , tu y crois à cette histoire ?”
- Qu’es aco ? : qu’est ce que c’est ?
- Resquiller : obtenir quelque chose sans payer, entrer dans un lieu payant sans en avoir le droit.
- Ruiner : se faire mal ou d’abîmer quelque chose. “je me suis ruiné la main en portant ces caisses”.
- Scoumougne : malchance.
- Stoquefiche : personne maigre.
- Se tanquer : se planter, rester sur “ils se sont tanqués dans la boue !”
- Té : interjection de surprise.
- Vaï : veut dire aller. “Allez vaï, va faire la sieste !” (on l’utilise en double emploi).
- Vé: interjection pour insister sur quelque chose. ” Té vé, il va encore foutre un pàti monstre, je te parie”.
- Zou : interjection pour inviter à faire quelque chose. ” Allez zou, on y va !”.
